Comme tous les ans à la même époque, le CSMM pose ses valises fin juin à Chamonix le temps d’un WE pour participer au cross (le trentième cette année) et au marathon du Mont Blanc qui se déroulent sur un des plus beaux site de trail au monde.
Comme d’habitude, Christian embarque toute sa famille le vendredi et arrive en éclaireur à Chamonix. Cette année Esteban est du voyage. Christian joue son rôle à fond et n’hésite pas à tester les restaurant pour le traditionnel repas d’après course façon guide du routard.
Pendant ce temps à Marseille : samedi matin (de bonne heure : 7h 30), Nicolas attend Gérard en bas de sa porte pour charger sa voiture et partir récupérer Hoa. Chamonix, nous voilà ! Un an déjà et c’est reparti. Cette année malheureusement Thierry ne nous a pas suivis, vous comprenez, le marathon ne tombait pas le bon jour (le premier juillet)!
Le voyage fait partie du WE. Dans la voiture on parle course à pied, trail, gestion de la course et personne ne pense à dormir. Tout le monde s'applique à mettre le point final à sa préparation et boit, reboit ... Du coup peu après Valence l'unanimité l'emporte et l'on décide de s'arrêter. On ne se laisse pas aller et pour reprendre des forces on s'autorise une délicieuse formule petit déjeuner (croissant et tout et tout) au soleil avec la vue sur les premières montagnes des Alpes. J'en profite pour faire mes premières photos mais Gérard et Hoa sont timides.
Second arrêt à 30 km de Chamonix au magasin officiel de Quechua pour compléter notre équipement de trail. On ne trouve pas grand chose. Puis c'est l'arrivée sous le soleil en tout début d'après-midi à Chamonix. La résidence Maeva, où nous logeons cette année, n'est pas encore ouverte alors on décide d'aller manger en ville. Direction la Potinière près du Casino. Le MontBlanc est là majestueux, il nous surveille. Il est 14h30 mais Chamonix vit au rythme des courses des alpinistes et des retour de balades, bref on peut manger à toute heure. Plat du jour pour tout le monde avant de s'accorder une petite tarte aux myrtilles ...
Christian et Edouard nous rejoignent pour le café. Edouard nous montre ses belles chaussures Salomon Xpro 3D S.lab, achetées qui plus est, le matin même chez l'incontournable Ravanel General Store SVP. En toute impartialité, elles sont vraiment sympas.
L'heure tourne alors on part vite à la résidence pour s'installer. L'accueil est relativement agréable et dynamique. Relativement puisque la jeune femme qui nous accueille est sceptique quant aux explications de Gérard sur l'impact de la caution qu'ils nous demandent. Heureusement, notre chambre est parfaite, au quatrième étage sans vis à vis si ce n'est avec le Mont-Blanc. Je m'en donne à cœur joie pour les photos.
Le temps file toujours alors on se dirige vers le « village » près de l'aire d'atterrissage des parapentes pour retirer nos dossards. On ne perd pas de temps, je dois m'arrêter chez mon vendeur favori, Ravanel General Store !!
Comme l'année dernière, j’y passe toute la fin d'après-midi et Christian, Annie, Edouard, Alexandra, Esteban et Hoa se lassent de m'attendre. Gérard a le même problème que moi, il cherche des chaussures avec les conseils avisés de Thierry (le patron de Ravanel) pour la course du lendemain !
Finalement tout le monde se retrouve vers 20h00 dans l'appartement de la « Genest Family » pour un apéritif plus ou moins diététique. Ensuite, direction le Bivouac pour un plat de pâtes partagés par tous ou presque (Hein Annie, Hein Alex !!!) Hoa souffre le martyre devant la croûte que déguste Annie. Moi je suis en bout de table et fait ami ami avec les autochtones. La soirée se passe bien même si le service est un peu long. Ah j'oubliais, finalement tout le monde à craqué pour un double crêpe maison, qui au sucre, qui au Nutella ...
Ce n’est pas tout ça, mais il faut entrer, il est déjà 23h00 passé. Le temps de faire le sac pour le lendemain, le sac vestiaire, de préparer la tenue, le dossard ... et les lits, il est 00h30, il est urgent de dormir puisque le départ est prévu à 7h00 ce qui implique un lever à 05h00 !!!
Le réveil sonne, je ne sais plus très bien où je suis mais la vision de Hoa me ramène vite sur terre. Première impression pas très bonne, j'ai mal à la gorge (les soirées sont fraîches à Cham). Un pas sur la terrasse pour voir le lever du jour sur le Mont‑Blanc et je retrouve le sourire. Allez c'est parti.
A 6h15 tous les coureurs se retrouvent dans le hall de l'immeuble. J'ai un peu de mal à m'équiper de mon nouveau camel-back mais Christian et Edouard m’aident à mieux le charger. On s'approche en trottinant de la ligne de départ. C’est magique. Etre là, sur la place du triangle de l'amitié face au Mont Blanc avec le lever du jour dans la fraîcheur matinale et estivale entre coureurs donne vraiment l'impression de faire partie d'un groupe et c’est un aboutissement après les longues séances d'entraînement dans nos collines arides. On partage tous un dernier encouragement en regardant les images du parcours de l'année dernière sur l'écran géant. Une ola réclamée par le speaker, puis deux, puis trois… Un survol de l'hélicoptère qui filme le départ puis la tête de course et ça y est le compte à rebours est lancé, c'est à nous de jouer, de profiter de cette montagne qui s'offre à nous !
Pour le départ on reste groupé, Christian et moi devançant de quelques mètre le trio Hoa, Gérard et Edouard qui a choisi de reconduire l'aventure de l'année dernière puisque c'est ensemble qu'ils avaient terminé le cross (23 km et 1200 m de D+). Depuis Edouard a passé le cap du marathon à Signes (45 km et 2400m D+). Hoa et Gérard ont eux aussi suivi scrupuleusement un plan pour marathon sur route afin de se familiariser avec la distance et de progresser avec des séances de qualités couplées à de longues sorties à Luminy au cours des douze dernières semaines.
Cette année, la course sera « un peu » différente. En effet, le marathon est devenu qualificatif pour l'UTMB (l'Ultra Trail du Mont‑Blanc : la course de montagne la plus dure d'Europe). L'organisation a ainsi dû satisfaire à des contraintes de distance, de dénivelé et de difficulté (exit la route ou les chemins forestiers praticables en 4x4). Le programme qui nous attends est toujours de 42,195 km mais le dénivelé positif passe à 2460 m et le parcours devient beaucoup plus technique : c'est un VRAI TRAIL!!!
Pour l'instant nous nous élançons tranquillement, plutôt à l'arrière du peloton qui s'étire dans la fraicheur matinale le long de l'Arve qui nous guide pour remonter la vallée. Ce départ est relativement roulant, c’est un des moments que je préfère, un moment d’incertitude mixée avec la tranquillité de la montagne qui s'éveille. Les organisateurs ont le don de nous faire découvrir leur vallée sous ses plus belles facettes. On traverse des forêts de sapins gigantesques, puis de petits hameaux bucoliques où les habitants s'extirpent de leurs lits pour nous jeter un bonjour et quelques encouragements par la fenêtre de leur chalets en bois si typiques. Quelles belles images. Après 1h30 environ, on arrive à Argentière pour un premier ravitaillement. Nous ne courons plus ensemble et pourtant tout le monde se succède en moins de dix minutes. A la sortie d'Argentière : première modification, on évite la route de l'année dernière pour serpenter en forêt mais il est plus raisonnable de marcher. On rallie ainsi Montroc (au pied de la montagne des Posettes).
Cette année il n’y a plus de ravitaillement (trail et semi‑autosuffisance obligent). On attaque donc directement la montée au col des Montets. Elle reste accessible et très agréable. Imaginez-vous courir à 8h30 à l’ombre des Posettes avec les aiguilles rouges à votre gauche qui s’illuminent progressivement avec la montée du soleil. Le col se situe à 1461 mètres. La flore à déjà changée. Elle est plus basse, plus éparse. Il y a quelques retenues d’eau douce où ce que je crois être des grenouilles saute en nous entendant arriver. Après le col, commence la première descente (jusqu’à Vallorcine). Là encore c’est un des meilleurs moments. La vallée est plus ouverte, on traverses des alpages légèrement ensoleillés qui sentent délicieusement bon la montagne. Un mix d’odeur d’herbe, de torrent et de présence bovine. D’ailleurs, il n’est pas rare de croiser quelques vaches couchées à l’ombre.
9h15 : j’arrive à Vallorcine (deuxième ravitaillement) où je prends le temps de ré remplir ma poche à eau en prévision de l’éprouvante montée aux Posettes, de sortir ma sporténine et mes bâtons et de resserrer mes chaussures. A 9h20, je décolle alors que Christian arrive 4 minutes plus tard.
Alors là c’est parti !!! A peine quitté le ravitaillement, que l’on attaque frontalement la pente à travers un champs. Comme je suis content d’avoir mes bâtons ! La vitesse est tombée à près de 2 km/h (30 minutes au kilo) et le peloton dessine une longue file indienne qui serpente jusqu’à la forêt. On était prévenu depuis quelques jours que la difficulté s’était accrue (1000 m D+ en 7 km) mais là ça attaque franchement très fort ! Les premiers kilomètres se font à plus de 20 % de pente en moyenne. Dans ces cas là, il n’y a qu’une chose à faire, c’est d’être patient et d’aller à son rythme pour s’épargner une défaillance qui serait alors certainement insurmontable. En montant, je culpabilise en pensant à Gérard et Hoa qui pensaient courir leur premier marathon sur le même parcours que l’an dernier et qui n’ont pas de bâtons ! Très vite les toits du fonds de la vallée deviennent des points et l’on continue à monter.
Après 45 minutes de côte sévère ininterrompue, je rejoins la route forestière de l’an dernier où il est plus aisé de marcher vite (ne nous emballons pas).
A 10H25 j'arrive au col des Posettes mais cette année au lieu de redescendre par une route forestière, on continue de grimper en direction de l’Aiguillette des Posettes. L’approche se fait au travers des alpages par une ligne de crête avec d’un côté la vallée de Vallorcine et de l’autre la vallée qui mène au col de Balme. Bien que fatigante, cette partie du tracé est magnifique. Il ne fait pas trop chaud même si les arbres ont désormais disparu depuis plusieurs kilomètres (on approche des 2300 mètres). En atteignant le point culminant, je me fait détailler le panorama par le concurrent 1349. Le glacier du Tour à gauche puis la Verte et les Drus, les aiguilles de Chamonix, l’aiguille du midi, le Mont‑Blanc et le dôme du Gouter. Légèrement sur la droite, les aiguilles rouges et en face la vallée de Chamonix. Le tout sans un seul nuage (la première fois de ces trois dernières éditions). C’EST SPLENDIDE. Il m’explique aussi que le tracé du trail des aiguilles rouges (très techniques dès sa première édition), empruntait ce chemin très technique qui redescend rapidement toujours en ligne de crête sous forme d’escaliers (marches raides et courtes pour poser le pied). Dans ces conditions le peloton se resserre et il ne reste plus qu’à lever les yeux quand on le peux et quand les autres concurrents marchent (moins de 5 km/h en moyenne en descente : voilà qui n’était pas prévu et qui n’arrange pas nos affaires). Petit à petit à force de doubler, je parviens à m’extirper du groupe mais la chaleur refait son apparition en s’enfonçant dans la vallée et les crampes sont latentes. Difficile de dépasser les 7 km/h. La descente s’interrompt quand nous rejoignons le parcours du l’an dernier (sur la route) mais les organisateurs nous renvoient rapidement faire une boucle de 3 km en fond de vallée histoire de passer par des chemins. Objectivement, le parcours est super mais la technicité et les détours nous retardent considérablement puisque j’arrive au ravitaillement de Tré le Champs vers 12h00 (30ème kilomètre) contre 10h45 l’an dernier (pour la même distance et 200 mètres de D+ en moins).
Fatigué, je prends le temps de me restaurer en parlant à l’ombre avec Annie, Alexandra et Esteban. J’avoue que sa poussette m’a fait réellement envie l’espace d’un instant. Cette année l’aire d’arrivée étant en travaux, les familles des coureurs ou accompagnants ont dû se replier sur Tré le champs ou la Flégère : cela modifie l’ambiance de la course. Deux sandwich au pain complet et au saucisson plus tard, j’entame la montée vers l’arrivée qui elle n’a pas changée. Tous les ans c’est là que l’on perd du temps et que l’on marche / souffre et re-marche encore. On a l’impression que la fatigue, la technicité, la chaleur et le dénivelé se liguent tous contre nous. Heureusement il y a la vue sur notre gauche (la même qu’au col des Posettes) qu’on remonte progressivement. Pensant mettre 3 heures pour remonter jusqu’à Planpraz (l’aire d’arrivée face au Brévent), ce rapide calcul me laisse envisager une arrivée en 8 heures. Or la barrière horaire finale étant en 08h40, je me dit que cela laisse très peu de marge de manœuvre à mes acolytes.
Finalement la remontée se passe mieux que prévu, 45 minutes me suffisent pour atteindre le bas de la Trappe. S’en suit un mur technique et abrupt pour approcher la Flégère (30 minutes) d’où l’on aperçoit la ligne d’arrivée (5 kilomètres et quelques combes plus loin). Une dernière petite heure et le speaker annonce mon nom et mon numéro de dossard (les prénoms des coureurs sont inscrits sur leur dossard ce qui permet au public de vous invectiver personnellement dans les passages difficiles tout au long de la course). J’arrête mon chrono en moins de 7h10 (55 minutes de plus que l’an dernier) et les hôtesses désactivent ma puce et me remettent la médaille du marathon. Le vent s’est levé et il fait presque froid à 2000 mètres après l’effort. Je vais donc récupérer mon vestiaire et me ravitailler (avec la fameuse bière chamoniarde dont les coureurs parlaient tant).
En revenant vers la ligne d ‘arrivée je jette un coup d’œil au classement et là oh rage oh désespoir : je découvre les noms de Gérard et de Hoa sur la feuille des abandons. En fait c’est le trio tout entier qui a été arrêté à Tré le champs pour barrière horaire (a cinq minutes près). Ces limites horaires animent d’ailleurs le forum depuis car plusieurs coureurs se sont retrouvés un peu volés par des barrières non expérimentées et pour le moins discutable. J’en veux pour preuve le temps du premier qui passe de 03h27 à 03h52 avec le changement de format de la course, soit 25 minutes de plus ! Or les limites horaires n’ont été décalées que de 30 minutes. S’agissant de contraintes que l’on applique aux derniers rentrants, on imagine facilement que leur temps de course (plus de deux fois celui des premiers) augmente de bien plus d’une demi-heure (quand le premier perd 25 minutes)! Cette sélection, a priori volontaire, constitue une nouveauté regrettable à nos yeux et que nous n’avions pas anticipée. A défaut de gâcher la fête, elle nous laissera de sérieuses frustrations pour Edouard, Hoa et Gérard qui s’étaient préparés sérieusement et méritaient de pouvoir aller au bout de leur effort et d’eux mêmes.
Le sens de trail c’est de se SE dépasser pas de dépasser une moyenne horaire !
Revenons à la course puisque pendant ce temps Christian fêtait fièrement son anniversaire et passait lui aussi par delà cette difficulté. Il réalisait son triplé (trois marathons du Mont‑Blanc au cours des trois dernières années). Une bière pour fêter la fin de la course et puis nous sommes redescendus retrouver les fadas des CSMM.
Ils étaient restaurés et massés et nous attendaient à l’extérieur. Ils ont été contraints par un orage de chaleur de rentrer dans le gymnase avec nous (nous commencions à avoir faim).
Ensuite nous sommes rentrés à l’hôtel pour nous changer avant de retourner chez Ravanel pour que Gérard et moi achetions nos chaussures qui avaient très bien fonctionnées. Retour de nouveau à l’hôtel et puis vers 20h30 en avant au Monchu, un spécialiste de la cuisine savoyarde homologué par notre spécialiste et routard émérite (Tartiflette et G …).
Nous avions tous bien mérité de reprendre des forces et la roblochonade arrosé d’Apremont y satisfît parfaitement. D’ailleurs j’ai soudainement trouvé la position d’Esteban beaucoup moins appréciable (deux restos qui lui sont passés sous le nez et auxquels il a dû faire acte de présence).
Le lendemain, le soleil était revenu. Gérard, Hoa et moi avons avalés un petit déjeuner avec vue sur les montagnes au soleil en bas de la résidence avant de
reprendre la route pour Marseille. 6 heures et 20 degrés plus tard nous arrivions, officiellement accueillis par les chants des cigales marseillaises (définitivement plus sympathiques que les
fourmis).
PS: les photos suivent (le secrétaire)
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